Les champignons ectomycorrhizien sont-ils généralistes ? Etude des populations de Laccaria amethystina en France

 

M. Roy (1), M.-P. Dubois (1), M. Proffit (1), E. Desmarais (2), M.-A. Selosse (1)

 

(1) Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive CNRS UMR 5175, 1919 route de Mende, 34293 Montpellier

(2) Laboratoire de Génome et populations CNRS UPR 9060, Université Montpellier II CC 63, place E. Bataillon, 34095 Montpellier

 

 

Les champignons ectomycorhiziens sont considérés comme généralistes : cette particularité permettrait par exemple (1) des flux de carbone entre des plantes différentes et (2) pourrait expliquer des mécanismes de favorisation dans les successions écologiques. Mais aucune étude ne démontre rigoureusement leur caractère généraliste. De plus, des champignons parasites forestiers phylogénétiquement proches, tel que Heterobasidion annosum, présentent une spécialisation cryptique selon l’espèce hôte. Les ectomycorhiziens présentent-ils aussi une spéciation cryptique par rapport à l’hôte au niveau populationnel ou spécifique ? L’observation morphologique ou le séquençage de locus uniques (ITS par exemple) ne peuvent y répondre, mais l’étude des flux de gènes entre populations permet d’étudier une éventuelle spécialisation, voire une spéciation. Nous avons choisi un modèle basidiomycète apparemment généraliste, Laccaria amethystina, fréquent dans les forêts tempérées. A partir de 600 carpophores provenant de 11 populations issues de trois régions et de cinq hôtes différents, nous avons étudié le mode de reproduction de ce champignon et la structuration des populations par la distance ou par l’hôte. Nous avons utilisé trois marqueurs microsatellites, un marqueur de l’ADN ribosomal nucléaire, un marqueur mitochondrial et des marqueurs DALP (amplification directe du polymorphisme de longueur). Nous avons mis en évidence (1) un déficit en hétérozygote (Fis de 0,2 à 0,8), (2) une très faible différenciation par la distance à l’échelle de 500 km (Fst = 0,069) et (3) une absence de différenciation selon l’hôte (Fst = 0,034). Ceci suggère que ce champignon est partiellement autogame, qu’il disperse ses gènes à l’échelle de plusieurs centaines de kilomètres et surtout qu’il est vraiment généraliste. Ce résultat est discuté en termes évolutifs, pour comprendre ce qui sélectionne une stratégie généraliste chez les ectomycorhiziens.