Analyse de la structure spatiale d'épidémies naturelles de piétin-échaudage du blé causé par Gaeumannomyces graminis var. tritici

 

M. Gosme (1), L. Willocquet (2), P. Lucas (1)

 

(1) INRA Centre de Rennes, UMR BiO3P, Domaine de la Motte, BP 29, 35653 LE RHEU Cedex

(2) INRA Centre de Bordeaux, UMR Santé Végétale, 71 avenue E. Bourleaux, BP 81, 33883 Villenave d'Ornon Cedex

 

 

L'analyse de la structure spatiale des maladies des plantes peut être un outil utile en épidémiologie botanique : elle permet d'améliorer la stratégie d'échantillonnage, d'aider à comprendre les mécanismes responsables de la dispersion de la maladie et d'améliorer les stratégies de gestion. Le piétin-échaudage est réputé pour se développer en foyers mais aucune étude n'avait étudié statistiquement la structure spatiale de cette maladie à l'échelle présumée de ces foyers. L'objectif de cette étude était donc de caractériser la structure spatiale du piétin-échaudage à une échelle relativement fine (5 m sur 5 m), c'est-à-dire (i) déterminer si la maladie est agrégée et si oui, (ii) estimer la taille et la forme caractéristiques des foyers et (iii) étudier la relation entre incidence et hétérogénéité. L'analyse a été réalisée sur des épidémies naturelles de piétin-échaudage dans des parcelles de deuxième blé ayant subi différentes pratiques culturales qui sont susceptibles d'affecter différentes composantes de l'épidémie (quantité initiale d'inoculum, dispersion de l'inoculum et structure spatiale du peuplement) : différentes cultures intermédiaires entre le premier et le second blé, différents travaux du sol et modes de semis. L'ajustement de la loi beta-binomiale à la distribution de fréquence du nombre de racines ou de plantes atteintes dans des quadrats de différentes tailles a permis de conclure à une agrégation significative dans 48% des cas lorsque l'incidence était évaluée à l'échelle des plantes et 83% des cas à l'échelle des racines. Les foyers étaient en général de taille inférieure à 1 m de diamètre dans le cas des attaques sur racines nodales, 1,5 m de diamètre dans le cas des attaques sur racines séminales et jusqu'à 2,5 m de diamètre dans les cas des foyers de plantes malades ; les foyers étaient de forme allongée dans le sens des travaux du sol. La taille des foyers n'a pas augmenté au cours de la saison culturale mais nous avons observé une augmentation de l'agrégation avec l'incidence moyenne, ce qui reflète une amplification locale de la maladie au sein des foyers. Cette étude permet de proposer un scénario de développement du piétin-échaudage basé sur deux phases : une phase d'intensification et de dispersion sur de courtes distances pendant la saison culturale, qui permet d'augmenter l'hétérogénéité de la maladie dans la parcelle et modifie peu sa répartition spatiale, et une phase de dilution et de dispersion passive de l'inoculum par les travaux du sol entre deux cultures, qui détermine la forme et la taille des foyers d'inoculum et donc de maladie les années suivantes.